Au Secours populaire de Saint-Chamond, les sacs-poubelle s’empilent devant la porte. À l’intérieur, les bénévoles trient sans relâche. Beaucoup de vêtements finissent directement à la déchetterie. Impossible de les vendre ou de les donner. Ils sont troués, déchirés, déformés, décolorés, tachés ou sales. Personne n’en veut.
En 2025, 42% des Français ont acheté au moins un article de seconde main au cours des 12 derniers mois, selon une étude Ademe et Observatoire société et consommation.
Des dons en hausse mais une qualité en chute libre
Les dons de vêtements explosent. Mais la qualité s’effondre. Bénévoles et salariés passent de plus en plus de temps à trier et jeter des textiles impossibles à revendre ou à redistribuer. Les associations deviennent des centres de tri. Parfois, elles ressemblent à des déchetteries déguisées.
Aimée Muraszko, présidente du Secours populaire à Saint-Chamond, supervise le départ de sacs entiers vers la déchetterie. Elle n’a pas d’autre choix. Les images de ces sacs alignés montrent un système saturé. La générosité ne suffit plus. La qualité n’est plus là.
Pourtant, le marché français de la seconde main continue de grandir. En 2025, environ 65 400 tonnes de textiles, linge de maison et chaussures d’occasion ont été vendus. C’est 5% de plus qu’en 2024. La seconde main atteint 7,2% de la consommation totale de textile et chaussures en France, selon Refashion cité par CB News.
En 2025, la France a exporté 172 000 tonnes de textiles d'occasion, principalement vers l'Afrique (36%), l'Europe (30%) et l'Asie (22%). Les importations de vêtements de seconde main ont également augmenté, passant de 10 100 tonnes en 2024 à 13 100 tonnes en 2025, principalement en provenance du Royaume-Uni.
Le marché de la seconde main sous pression
Les associations tirent la sonnette d’alarme. Trop de textiles invendables arrivent chaque semaine. Le boom de la seconde main attire maintenant les enseignes commerciales. Mais il déplace aussi le problème des déchets textiles vers le monde associatif. Un rapport d’Oxfam France, publié en septembre, analyse ces nouveaux impacts sociaux et environnementaux. Il appelle à une prise de conscience collective.
Ce constat rejoint un reportage précédent sur la mutation du secteur. La seconde main ne garantit plus la qualité ni la durabilité.
La réalité est brutale. La seconde main ne peut pas absorber sans fin la surproduction et la surconsommation textile. Tant que la qualité des dons baisse, les associations resteront noyées sous des vêtements impossibles à valoriser. Pour que la seconde main reste une vraie solution, il faut changer nos habitudes. La qualité doit passer avant la quantité.
La loi française impose depuis 2009 une responsabilité élargie des producteurs pour les vêtements, le linge de maison et les chaussures. Depuis 2022, la destruction des invendus est interdite. Mais selon Lombard Odier, cette règle n’a pas stoppé la surproduction. Souvent, elle déplace juste les flux vers les dons ou la revente intermédiaire.
Le Relais, acteur majeur du secteur, donne ses chiffres. Après tri, 55% des vêtements collectés peuvent être réutilisés. 45% partent au recyclage, surtout pour fabriquer des matériaux isolants. Mais seuls 6% des vêtements collectés sont revendus dans les magasins de l’organisation. Pourtant, ces ventes représentent 40% du chiffre d’affaires du secteur, selon France 3 Régions.