Industrie de la mode

Les boutiques solidaires coupent l’empreinte carbone face à Vinted

Les boutiques solidaires coupent l’empreinte carbone face à Vinted Soyons Élégantes © soyonselegantes.com
Les boutiques solidaires coupent l’empreinte carbone face à Vinted © soyonselegantes.com
Un rapport d’Oxfam met en lumière l’écart massif d’émissions de CO2 entre les boutiques solidaires et Vinted. Derrière ces chiffres, des logiques économiques et environnementales qui s’opposent.

Dans le secteur de la seconde main, les chiffres d’Oxfam bousculent les idées reçues. L’ONG dévoile que les boutiques solidaires, ancrées localement, affichent une empreinte carbone bien plus basse que les plateformes numériques. Pour cinq kilos de vêtements, Vinted atteint 3,1 kg de CO2, alors que les boutiques solidaires plafonnent à 0,6 kg. Ce fossé découle de choix logistiques et économiques précis.

Le cabinet RDC Environnement, mandaté par Oxfam, a construit ces données à partir des pratiques réelles du secteur. Les boutiques solidaires trient, collectent et revendent sur place. Les friperies commerciales, elles, importent leurs stocks, ce qui gonfle l’empreinte liée au transport. Les plateformes comme Vinted multiplient les emballages et les expéditions individuelles, ce qui alourdit leur bilan. Impossible cependant de vérifier la méthodologie exacte : ni Parents.fr ni Oxfam ne publient de modèle de calcul indépendant ou de rapport accessible au public.

En France, certaines grandes enseignes comme Zara, Uniqlo ou Decathlon proposent des programmes de collecte de vêtements usagés, mais toutes ne rémunèrent pas les clients pour leurs dépôts.

Ouest-France

Des logiques qui s’affrontent

Oxfam, Emmaüs, Le Relais et la Croix-Rouge ne se limitent pas à prolonger la vie des vêtements. Elles créent aussi des emplois pour des personnes vulnérables. Les acteurs commerciaux, eux, cherchent le profit. Les grandes marques de mode installent des espaces de reprise et offrent des bons d’achat, mais selon Cécile Duflot, directrice générale d’Oxfam France, ces offres poussent à consommer plus que la valeur du bon, ce qui entretient la surconsommation.

Chez Vinted, la mécanique diffère. Le rapport pointe un modèle qui « repose moins sur la réduction de la consommation que sur l’intensification des échanges ». Recommandations personnalisées, alertes et renouvellement constant de l’offre rythment la plateforme. Sollicitée par l’AFP, Vinted affirme que chaque achat d’occasion évite en moyenne 2,39 kg de CO2 par article par rapport à un achat neuf, mais précise ne pas se positionner comme alternative aux associations. La plateforme met en avant « Vinted Pro », un service ouvert aux associations pour vendre en ligne.

Les publications sur la fiscalité des ventes via Vinted précisent que la plateforme transmet les données à l'administration fiscale dès que l'utilisateur atteint 30 transactions ou 2 000 euros de chiffre d'affaires par an. Ce seuil constitue une obligation de déclaration, mais n'entraîne pas automatiquement une imposition pour le vendeur.

JeChange

La France, terrain de la seconde main lucrative

Vinted fait de la France l’un de ses deux plus gros marchés. Cécile Duflot y voit une conséquence du faible réseau de boutiques solidaires dans le pays. Au Royaume-Uni, les charity shops sont partout et bénéficient d’exonérations fiscales, ce qui n’existe pas en France. Résultat : le secteur lucratif de la seconde main prend de l’ampleur, avec six vêtements sur dix vendus sur ces marchés.

La tendance s’accélère. Refashion, éco-organisme du secteur, note une hausse de 4,8 % en volume entre 2024 et 2025, la seconde main atteignant 7 % des achats textiles. Oxfam prévient : si la seconde main ne remplace pas un achat neuf, elle ne freine pas la surconsommation. Ce constat rejoint d’autres signaux du marché, comme l’a déjà relevé la rédaction sur la ruée vers certaines pièces virales.

La montée des plateformes et des acteurs commerciaux oblige à regarder de près les modèles qui tiennent leurs promesses sociales et environnementales. Les chiffres d’Oxfam rappellent que la seconde main n’est pas synonyme de vertu. Tout dépend du circuit, de la logistique et des objectifs poursuivis. Pour le consommateur averti, la boutique solidaire reste le choix qui combine réduction de l’empreinte carbone et engagement social.

Élodie Marceau Rédactrice mode, achats et qualité Soyons Élégantes
La Rédaction

Élodie Marceau

Élodie Marceau est rédactrice mode, shopping et qualité chez Soyons Élégantes. Elle s’intéresse particulièrement aux matières, aux coupes, aux finitions, aux marques et à la seconde main, avec une approche pratique qui aide les lectrices à comprendre ce qu’elles achètent et à mieux comparer leurs options.