Dans le secteur de la seconde main, les chiffres d’Oxfam bousculent les idées reçues. L’ONG dévoile que les boutiques solidaires, ancrées localement, affichent une empreinte carbone bien plus basse que les plateformes numériques. Pour cinq kilos de vêtements, Vinted atteint 3,1 kg de CO2, alors que les boutiques solidaires plafonnent à 0,6 kg. Ce fossé découle de choix logistiques et économiques précis.
En France, certaines grandes enseignes comme Zara, Uniqlo ou Decathlon proposent des programmes de collecte de vêtements usagés, mais toutes ne rémunèrent pas les clients pour leurs dépôts.
Des logiques qui s’affrontent
Oxfam, Emmaüs, Le Relais et la Croix-Rouge ne se limitent pas à prolonger la vie des vêtements. Elles créent aussi des emplois pour des personnes vulnérables. Les acteurs commerciaux, eux, cherchent le profit. Les grandes marques de mode installent des espaces de reprise et offrent des bons d’achat, mais selon Cécile Duflot, directrice générale d’Oxfam France, ces offres poussent à consommer plus que la valeur du bon, ce qui entretient la surconsommation.
Les publications sur la fiscalité des ventes via Vinted précisent que la plateforme transmet les données à l'administration fiscale dès que l'utilisateur atteint 30 transactions ou 2 000 euros de chiffre d'affaires par an. Ce seuil constitue une obligation de déclaration, mais n'entraîne pas automatiquement une imposition pour le vendeur.
La France, terrain de la seconde main lucrative
Vinted fait de la France l’un de ses deux plus gros marchés. Cécile Duflot y voit une conséquence du faible réseau de boutiques solidaires dans le pays. Au Royaume-Uni, les charity shops sont partout et bénéficient d’exonérations fiscales, ce qui n’existe pas en France. Résultat : le secteur lucratif de la seconde main prend de l’ampleur, avec six vêtements sur dix vendus sur ces marchés.
La tendance s’accélère. Refashion, éco-organisme du secteur, note une hausse de 4,8 % en volume entre 2024 et 2025, la seconde main atteignant 7 % des achats textiles. Oxfam prévient : si la seconde main ne remplace pas un achat neuf, elle ne freine pas la surconsommation. Ce constat rejoint d’autres signaux du marché, comme l’a déjà relevé la rédaction sur la ruée vers certaines pièces virales.
La montée des plateformes et des acteurs commerciaux oblige à regarder de près les modèles qui tiennent leurs promesses sociales et environnementales. Les chiffres d’Oxfam rappellent que la seconde main n’est pas synonyme de vertu. Tout dépend du circuit, de la logistique et des objectifs poursuivis. Pour le consommateur averti, la boutique solidaire reste le choix qui combine réduction de l’empreinte carbone et engagement social.