Les émissions de gaz à effet de serre de la mode ne viennent pas des vitrines. Elles sortent des usines textiles et des ateliers de teinture, partout dans la chaîne d'approvisionnement. Ce matin, Levi Strauss & Co. et Marks & Spencer ont décidé d'agir. Avec SE Advisory Services (Schneider Electric), ils lancent la Fashion Renewable Collaborative (FRC). L'annonce a eu lieu à la Semaine du climat de New York. Leur but : aider les fournisseurs à passer à l'électricité renouvelable. C'est ce qu'indique une analyse Reuters relayée dans une revue financière.
Selon un rapport de l'Apparel Impact Institute, les émissions énergétiques de l'industrie de la mode ont augmenté de 7,4 % en 2023 et de 6,3 % supplémentaires en 2024, principalement en raison de la production de fibres synthétiques vierges et recyclées.
Le vrai enjeu : l'énergie des ateliers, pas la vitrine
Le Forum économique mondial chiffre la mode et sa chaîne d'approvisionnement à près de 10 % des émissions mondiales annuelles de gaz à effet de serre. C'est plus que l'aviation et le transport maritime réunis. La Fondation Ellen MacArthur prévient : sans changement, la mode pourrait consommer plus de 26 % du budget carbone mondial d'ici 2050. Les études de l'Apparel Impact Institute et du World Resources Institute sont claires. La moitié des émissions du secteur vient des usines textiles et des teintureries. Passer aux énergies renouvelables reste le levier principal pour réduire l'impact environnemental.
Jennifer DuBuisson, directrice principale du développement durable chez Levi's, va droit au but : « Il devient de plus en plus évident que le moyen le plus efficace de réduire les émissions est de nouer des partenariats avec les fournisseurs. Cette initiative renforce le soutien apporté aux installations qui souhaitent accéder aux énergies renouvelables ou accroître leur utilisation de ces énergies, mais qui n'étaient pas en mesure de le faire auparavant. »
Standardiser la transition et lever les obstacles
Les usines textiles savent qu'elles doivent verdir leur énergie. Mais elles se heurtent à deux murs : le manque de moyens financiers et la jungle réglementaire. S'ajoute la confusion des exigences clients, chaque marque imposant ses propres règles. La FRC veut simplifier ce parcours. Elle s'appuie sur la plateforme numérique Resource Advisor+, qui utilise l'intelligence artificielle pour former, accompagner et ouvrir l'accès au marché de l'énergie propre. Les solutions vont de l'installation de panneaux solaires à la signature de contrats d'achat d'électricité renouvelable (power purchase agreements). Elles incluent aussi l'achat de certificats d'énergie propre, la production locale ou distribuée, et des systèmes de stockage d'énergie. Tous ces points sont détaillés dans la revue financière Reuters.
Schneider Electric SE Advisory Services a été désigné partenaire mondial pour le déploiement de la FRC, avec un outil numérique dédié, Resource Advisor+ for Supply Chain, permettant l'intégration, le suivi de l'engagement et des progrès des fournisseurs.
Vers une nouvelle norme pour la mode responsable
Katharine Beacham, directrice du développement durable chez Marks & Spencer, vise la neutralité carbone sur toute la chaîne de valeur d'ici 2040. Elle insiste sur l'action collective : « Le véritable changement n'est possible que par la collaboration. Cette initiative fournira les ressources et le soutien les plus concrets, facilitant ainsi la transition énergétique pour les fournisseurs. » Steve Wilhite, vice-président exécutif de SE Advisory Services, rappelle que le temps des engagements de façade est révolu. Il faut soutenir les fournisseurs sur le terrain.
Ce virage stratégique ouvre une nouvelle ère pour la mode. L'accès à l'énergie propre ne sera plus un luxe ni une contrainte. Ce sera la condition pour rester dans la course et décrocher des contrats à long terme. Levi's et Marks & Spencer s'attaquent enfin au cœur du problème. Ils posent un nouveau standard. Les marques qui n'aideront pas leurs fournisseurs à franchir ce cap risquent de décrocher. C'est aussi simple que ça.