Le 7 octobre, le Pôle Alpha de Sophia Antipolis a vu défiler des profils qui bousculent les codes habituels du business local. Sept entrepreneurs, tous issus des Alpes-Maritimes, ont reçu les Trophées des Entrepreneurs Positifs 2026. Ici, la rentabilité ne fait pas tout. Les organisateurs ont misé sur des parcours où la ténacité, l’innovation ou la solidarité prennent le pas sur les classements de croissance.
Abioxir consacre 30% de son chiffre d'affaires à des initiatives de responsabilité sociétale et a développé des alternatives aux produits toxiques avant même que la réglementation ne l'exige.
Chez Bougie et Senteur, la persévérance se traduit par 25 ans à réinventer l’artisanat grassois. Florentine Berodias a fait le pari du sur-mesure et de l’écoconception, tout en gardant une production souple, de 300 à 10 000 pièces. L’entreprise, qui compte une quinzaine de salariés et une antenne à Paris, s’appuie sur la confiance client et des emballages certifiés FSC. Pour Florentine Berodias, « c’est vraiment une reconnaissance de cette persévérance, du travail acharné de toute une équipe ». Nice-Matin précise que Bougie et Senteur a été primée pour sa ténacité, la société produisant des articles parfumés sous marques de clients à Grasse.
Abioxir, menée par Christophe Defer, s’est hissée au rang de premier acteur indépendant de la lutte contre les nuisibles en France, avec 130 salariés et une quinzaine d’agences. L’entreprise consacre près de 30 % de ses ressources à la RSE, soutient la biodiversité et affiche une neutralité carbone sur les trois scopes. Sa certification B Corp et ses ambitions de croissance (20 M€ visés d’ici 2030) montrent que l’éco-responsabilité n’est pas un simple argument commercial. Christophe Defer a reçu le prix pour la responsabilité écologique, Abioxir étant spécialisée dans le contrôle professionnel et la réduction des populations de nuisibles.
Fabien Paul, président de Les Entrepreneurs 06, a décrit les lauréats comme des entrepreneurs qui « innovent et créent » et dont les réalisations contribuent au succès de la région.
Chez Codage, le courage s’est imposé avec le choix risqué de la cosmétique personnalisée, loin des standards industriels. Amandine et Julien Azencott ont monté leur propre laboratoire à Nice pour créer des formules sur-mesure, inspirées des préparations magistrales. Après un parcours semé d’obstacles, la marque s’exporte dans plus de 50 pays et dans des hôtels de luxe. L’ambition reste intacte : « Nous n’en sommes qu’au début ».
La bienveillance, valeur souvent galvaudée, prend une dimension concrète chez J.BONET. Depuis plus de 50 ans, cette maison de mobilier design accompagne ses clients au-delà de la vente, misant sur la fidélité des équipes et la relation humaine. Gilles Benhamou, directeur commercial, rappelle que « entreprendre, ce n’est pas seulement développer une activité ou se fixer des objectifs. C’est aussi une relation humaine ».
La solidarité s’incarne dans le Portail de la Prévention, collectif présidé par Bruno Pourcines. Ce dispositif accompagne chaque mois une dizaine de dirigeants en difficulté, qu’il s’agisse de problèmes économiques ou juridiques. Gratuit et confidentiel, il s’appuie sur une plateforme numérique et une cellule d’alerte pour orienter rapidement les entrepreneurs vers l’association adaptée. Le défi reste de se faire connaître assez tôt, car « l’entrepreneur est souvent seul ».
Le Prix spécial du jury est revenu à Century 21 Lafage Transactions, groupe immobilier dirigé par Benjamin Mondou. Avec douze agences et plus de 80 collaborateurs, l’entreprise revendique un fonctionnement à taille humaine et multiplie les initiatives : soutien à la lutte contre le cancer et installation de ruches sur les toits. L’intégration d’outils d’intelligence artificielle vise à moderniser les pratiques, tandis que l’ouverture de nouveaux points de vente en 2026 et 2027 s’accompagne d’une volonté de transmettre progressivement l’activité aux collaborateurs.
Ce palmarès 2026 montre la diversité des modèles entrepreneuriaux dans la région. La réussite ne se limite plus à la croissance ou à la rentabilité, mais s’évalue à la capacité d’incarner des valeurs concrètes et de transformer son environnement. Bougie et Senteur ou Abioxir, déjà salués dans notre reportage précédent, prouvent que l’innovation, la responsabilité et l’humain peuvent coexister au cœur de l’entreprise. Face à la multiplication des labels et des discours, seuls les actes concrets et la cohérence sur la durée distinguent les véritables acteurs du changement.