À la veille du forum, les fédérations de la mode italienne convergent vers la lagune. Cette édition ne tourne plus seulement autour de l’écologie. Les organisateurs placent l’économie et la technologie au centre, alors que la filière doit composer avec des coûts énergétiques élevés et une concurrence féroce.
Le règlement européen ESPR (UE) 2024/1781, entré en vigueur le 18 juillet 2024, a étendu les exigences d'écoconception à une large gamme de produits physiques, y compris les vêtements et les chaussures.
Le programme s’étale sur deux jours. Les débats réunissent marques italiennes et étrangères, avec Andrea Rosso (OTB) et Davide Triacca (Ferragamo) à la tribune. Les sujets ne restent pas dans la théorie : EPR textile, coût de l’énergie, conformité réglementaire, intelligence artificielle et circularité. Sburlati attend un geste du gouvernement sur le crédit d’impôt pour les entreprises énergivores. Il rappelle que la bataille se joue aussi à Bruxelles, entre passeport numérique et défense face à l’ultra fast fashion chinoise.
Le forum se tiendra les 5 et 6 novembre 2026 à la Fondation Giorgio Cini, sous la houlette de Confindustria Veneto Est et Confindustria Moda. Selon TeleNuovo, la réflexion portera sur l’avenir des chaînes d’approvisionnement et des compétences, avec l’innovation comme fil rouge. La transformation structurelle du secteur s’impose.
Depuis le 19 juillet 2026, les grandes entreprises n'ont plus le droit de détruire les vêtements, accessoires et chaussures invendus, conformément au règlement ESPR, ce qui marque un tournant vers la réutilisation et le recyclage dans l'industrie de la mode.
Venise s’appuie sur un tissu industriel dense. Andrea Favaretto Rubelli, vice-président du groupe Système mode de Confindustria Veneto Est, rappelle que la région compte 10 000 entreprises et PME dans la mode. Les exportations progressent de 1,4 % au premier semestre. Les investissements glissent de l’environnemental vers le social, la survie économique restant la priorité. L’intelligence artificielle demande des moyens considérables, hors de portée pour la plupart des PME, alors que l’Asie garde une longueur d’avance sur la technologie.
En 2025, le Piémont recensait 2 130 entreprises dans le textile-habillement, soit 2,6 % de moins qu’en 2024, selon le Centro Studi di Confindustria Moda cité par La Stampa. Ce recul souligne la pression concurrentielle et l’urgence d’adapter les compétences et les modèles économiques.
Andrea Crespi, vice-président de Confindustria Moda chargé des questions ESG, va droit au but : « Aujourd’hui, le thème de la durabilité est acquis. L'attention se porte désormais vers la durabilité économique du secteur et la redistribution de la valeur au sein de la filière. » Il précise que le textile technique équipe aussi les iPhone, ce qui pourrait compenser les pertes ailleurs.
Les chiffres du terrain sont sans appel. Les prévisions d’embauches baissent, la recherche de compétences à l’étranger s’intensifie. Un expert d’Ambrosetti note que, depuis 2018, le chiffre d’affaires de la mode européenne a progressé de 18 % alors que les émissions reculent, grâce aux nouvelles technologies.
Ce repositionnement s’inscrit dans un mouvement plus large. D’autres initiatives, comme des ateliers créatifs à Poitiers, montrent que la filière se réinvente du local à l’international.