Beauté

Les parfums rétro bousculent la scène beauté chez les jeunes

Les parfums rétro bousculent la scène beauté chez les jeunes Soyons Élégantes © soyonselegantes.com
Les parfums rétro bousculent la scène beauté chez les jeunes © soyonselegantes.com
Shalimar, Diorissimo et d’autres classiques reviennent sur le devant de la scène. La génération Z s’empare de ces icônes, cherchant authenticité et histoire, et pousse les maisons à rééditer leurs archives.

Dans les rayons des parfumeries, les flacons d’antan reprennent du terrain. Chanel N° 5, Shalimar de Guerlain et Miss Dior Originale ne restent plus cantonnés aux étagères des collectionneurs. Ces signatures attirent une clientèle jeune, en quête de caractère et d’originalité. Les lancements éphémères s’enchaînent, mais la lassitude s’installe. Les parfums rétro, eux, offrent une alternative solide à l’uniformité ambiante.

La génération Z, habituée à chiner vêtements et bijoux anciens, applique la même logique au parfum. Sur TikTok, les vidéos de flacons vintage se multiplient. Les maisons historiques flairent la tendance et ressortent des éditions patrimoniales, parfois en revisitant leurs formules. Le parfum rétro devient un geste de style, une façon de se démarquer des jus « clean » ou gourmands qui saturent les rayons.

La collection Dioriginals réunit 13 parfums d’archives, dont Diorissimo, Dune et Dolce Vita, relancés dans des flacons inspirés du design de 1948.

RetailBoss

Héritage olfactif et quête de sens

Ce regain d’intérêt ne relève pas du simple caprice. Arnaud Guggenbuhl, directeur fine fragrance chez Givaudan, parle d’une « anémoia » : une nostalgie positive d’un passé jamais vécu. Les chiffres sont éloquents. En France, 59 % des 15-24 ans auraient préféré vivre à une autre époque, et 70 % privilégient des films ou séries ancrés dans le passé. Cette fascination se traduit par une envie de s’approprier des parfums chargés d’histoire, porteurs d’un savoir-faire que les créations récentes peinent à égaler.

Les grandes maisons s’adaptent. Francis Kurkdjian, à la tête de la création olfactive chez Dior depuis 2021, a restauré treize parfums emblématiques pour la collection Dioriginals. Il s’est appuyé sur les formules d’origine, refusant toute transformation radicale. Quatre ans de recherches ont été nécessaires pour retrouver les recettes, l’histoire et les ingrédients d’époque. Diorissimo (1956), Dune, Dolce Vita, Diorella, Eau Fraîche (1955) et Diorama figurent dans cette ligne, disponible depuis octobre 2026 dans certains points de vente Dior, selon un rapport de RetailBoss.

Kurkdjian insiste sur la fidélité à l’esprit d’origine. L’équipe Dior a travaillé avec la parfumerie interne pour respecter l’ADN des créations, tout en adaptant les formules aux normes actuelles et aux matières premières disponibles, comme il l’explique dans un entretien avec Newswav.

Se démarquer dans un marché saturé

Choisir un parfum vintage devient un acte de différenciation. Les jeunes, lassés des sillages consensuels, découvrent la puissance des fleurs blanches de Fracas de Robert Piguet ou les accords poudrés de Paris d’Yves Saint Laurent et Trésor de Lancôme. Ces signatures, loin d’être perçues comme datées, s’imposent comme des alternatives modernes et singulières.

Le design des flacons joue aussi un rôle. Les maisons revisitent leurs écrins historiques. Miss Dior Eau de parfum reprend le flacon de 1947. D’Orsay et Officine Universelle Buly misent sur le rétro marketing. Chez Dior, la collection Dioriginals reprend le format ovale de 1948, créant une unité visuelle qui distingue ces rééditions sur le marché actuel.

Le projet Dioriginals couvre près de 80 ans d’histoire de la maison, incluant des créations majeures signées Edmond Roudnitska et Paul Vacher, et marque l’intégration permanente de ces parfums d’archives dans l’offre Dior.

GQ France

Ce mouvement s’inscrit dans une dynamique déjà présente dans la mode et la beauté, où l’archive et le patrimoine prennent de la valeur. Le lancement d’une fragrance Rabanne, récemment rapporté, montre que la quête d’audace et de distinction touche toutes les générations.

Le rétro ne se limite pas à la copie du passé. Les notes oubliées – patchouli, mousses, aldéhydes – sont retravaillées avec une créativité contemporaine. Ces compositions hybrides, à la fois familières et modernes, permettent d’affirmer son goût et sa culture, loin des diktats du marketing. La parfumerie retrouve ainsi son statut d’objet culturel à transmettre et à collectionner.

Clara Vannier Éditeur Soyons Élégantes
La Rédaction

Clara Vannier

Clara Vannier est éditrice chez Soyons Élégantes. Elle a travaillé au sein d’un média féminin régional, puis pour une plateforme éditoriale consacrée à la beauté, aux parfums et aux nouveaux usages de consommation. Elle s’intéresse particulièrement aux soins, aux fragrances, aux ingrédients et à la manière dont les tendances et les promesses des marques peuvent être évaluées avec davantage de recul.